« Ne perdez pas de temps , évitez la cohue pour vos cadeaux de Noël…, achetez sur
internet… ».
Un coup d’œil sur le calendrier : 15 septembre. Donc Noël… Un bref calcul mental : on ne fête Nöel que dans deux mois et demi !
Notre voyage à Madagascar s’est décidé à cet instant précis. S’éloigner de cette frénésie mercantile devenait une urgence. Et puis, le dernier Noël passé là-bas remontait à 1968 !

13 décembre 2006 : le décollage prévu pour 19 h 20 n’a été effectif qu’à 20 h 15. Ce retard s’ajoute à la tension de ces dernières quarante-huit heures : derniers dossiers à boucler, congélateurs à remplir, ultimes achats pour Mada, valises en surpoids à reconsidérer, dernières consignes et recommandations aux enfants… Les lumières de l’aéroport et de ses environs finissent par disparaître tout comme diminuent les signes du stress. Chaque seconde nous éloigne de l’hiver et nous rapproche de la Grande île. Il reste encore plus de dix heures de vol mais la perspective de ce mois de vacances nous donne des ailes !

14 décembre 2006 : par le hublot, nous distinguons les campagnes si typiques de l’Imerina. Les petites maisons rouge-brique en pisé –argile latéritique mêlée d’eau et de paille – contrastent avec le camaïeu de vert des rizières. De ce paysage se dégage une douce langueur. Madagascar aurait-elle influencé les peintres impressionnistes ?
La longue file d’attente pour obtenir les visas, la fouille insistante des bagages, la demande de « voandalana » (littéralement fruit du voyage, ici récompense) quelque peu surprenante du douanier nous ramènent à la dure réalité. L’impatience nous gagne et la chaleur moite de l’été austral nous écrase littéralement.
«Tongasoa ! » Les saluts de bienvenue et les sourires des membres de la famille et des amis venus nous accueillir effacent instantanément notre énervement.
A l’extérieur de l’aéroport, plus aucun mendiant… Premier signe d’un renouveau à Mada ?

18 décembre 2006 : ces derniers jours ont été épuisants. En venant à Madagascar, nous avions cru pouvoir échapper à la surexcitation des préparatifs des fêtes de fin d’année. Nous avions tout simplement oublié que Tana est et vit comme toutes les grandes métropoles !
L’ex-avenue de l’Indépendance (arabe’ny Fahaleovantena) – principale artère du centre ville – est grouillante et noire de monde : les marchands ont été autorisés à s’y installer. Les grands parasols blancs qui ont fait la renommée du « zoma » (célèbre marché qui se tenait sur ce même lieu à Analakely) ont été remplacés par des tentes blanches marquées du nom d’un grand fabricant de matériels photographiques. A grand renfort de musique et d’annonces, les commerçants rivalisent. Il y en a pour tous les goûts et tous les budgets : ici, on peut encore marchander et ne pas le faire serait presque un sacrilège !
En ces temps de préparatifs de la fête de Noël, les friperies sont dévalisées : il est de coutume à Noël de porter des habits neufs. Même les familles les plus démunies, souvent nombreuses, respectent cette tradition mais elles ne peuvent acquérir que les vêtements d’occasion.
A Madagascar aussi, Noël est la fête des enfants. Mais ici, le cadeau a encore toute sa valeur et sa signification. Il ne s’agit pas d’offrir aux enfants la dernière console de jeux à la mode ou de dépenser des sommes exorbitantes dans des jouets qu’ils regarderont à peine. Une simple petite poupée, une voiturette représentent pour de très nombreux parents une dépense considérable et le joujou offert à leurs enfants est un véritable geste d’amour.
Sous les tentes, un sommaire décor de Noël – sapin et traîneau – est dressé pour permettre aux parents plus aisés de faire photographier leur progéniture avec le Père Noël, qui doit avoir tout de même très chaud. Il y a aussi, ô surprise, un Spiderman qui pose !
Les manèges de fortune font la joie de quelques enfants.
La joie et l’effervescence sont là, réelles et visibles mais il y aussi l’autre réalité : le monde des laissés-pour-compte. A la descente de l’avion, nous avions pourtant eu l’espoir qu’enfin la situation des plus miséreux s’était améliorée. En fait, les autorités les avaient chassés des abords de l’aéroport pour ne pas effrayer les touristes et donner une première bonne impression à ceux qui avaient connu l’assaut de ces mendiants à leur arrivée sur le sol malgache.
Et ils sont là, très nombreux, demandant l’aumône pour avoir aussi leur part de fête : des mères ou des enfants avec, sur le dos, des bébés déshydratés sous un soleil de plomb, des vieillards et des handicapés en haillons. Le contraste est tellement saisissant que nous en sommes véritablement choqués. Un handicapé nous insulte parce que nous n’avons pas accédé à sa demande. Mais au-delà du sentiment de tristesse que cette situation provoque en nous, nous refusons de favoriser la mendicité.
Les embouteillages monstres asphyxient la capitale. Nous traversons un des deux tunnels de Tana ; ici aussi, la situation est catastrophique : des sans-abris s’y réfugient, respirant à pleins poumons les gaz d’échappement. Les mesures de contrôle technique des véhicules prises en 2001 n’ont pas été suivies d’effet, faute de moyens. La sensibilisation de la population à la pollution et à ses conséquences sur la santé est quasi inexistante. Quand bien même des campagnes d’information auraient été menées, peu de personnes auraient pu se soigner, les frais médicaux étant hors de prix pour la majorité des Malgaches !

Un trop-plein de sentiments contradictoires nous envahit : compassion, envie de crier à l’injustice, envie d’agir, impuissance mais aussi le sentiment d’avoir une véritable chance de vivre dans une société structurée en France.
Il nous tarde de partir pour Vatomandry. S’aérer l’esprit et les poumons devient une priorité…

A suivre…