19 décembre 2006 : Nous quittons Tana au petit matin, afin de profiter d’une fraîcheur toute relative pour voyager. La RN2, malgré l’heure matinale, est déjà très fréquentée. A Madagascar, les gens se lèvent très tôt, dès quatre heures du matin pour certains. L’école commence à 7 h 30 et les enfants doivent parfois parcourir de longues distances à pied pour rejoindre leur établissement, d’où le réveil avant le lever du soleil.

Au fur et à mesure que nous nous éloignons de la capitale, le paysage change. La côte sud-est de la Grande Ile est arrosée par les alizés toute l’année durant. Cette humidité permanente favorise la formation de forêts très denses. Le Ravinala – arbre du voyageur – est ici roi. On l’utilise pour construire les maisons : le rapaka pour le plancher, le falafa pour les murs et les portes et le raty pour le toit. On s’en sert pour emballer les aliments, transporter les fruits et se protéger de la pluie. Voilà un bel exemple de l’adaptation de l’homme à la nature ! Les Tanala , « ceux de la forêt », contribuent à préserver cet environnement exceptionnel et y cultivent le riz de montagne.

Plus nous approchons de la mer, plus les marécages font place à la végétation luxuriante. Nous longeons le Canal de Pangalane dont la construction fut entreprise à l’époque coloniale. Ouvert à la navigation des péniches entre Toamasina (Tamatave) et Vatomandry, ce canal est praticable pour les pirogues jusqu’à Mananjary et est une voie de transport très appréciée des populations locales, les routes étant parfois peu accessibles ou les déplacements par taxi-brousse onéreux. Grâce à l’effort très significatif pour réhabiliter la RN 11A menant à Vatomandry, nous atteignons notre destination en fin d’après-midi.
Vatomandry est l’endroit de villégiature à la mode et a détrôné Foulpointe, au nord de Tamatave, ravagé par les cyclones. A à peine 250 km de Tana, Vatomandry est la plage la plus proche de la capitale. Nous suivons le canal jusqu’à l’embouchure de la rivière Sandramanongy à Manakambahiny. Le littoral est d’une beauté saisissante. De magnifiques sculptures sortent du sable créées par la rencontre de l’eau douce et de la mer. Des pirogues reposent nonchalamment sur la plage au sable blanc. Et dans les flots plutôt tumultueux nous apercevons les rochers couchés qui ont donné le nom à la ville de Vatomandry (littéralement les pierres couchées). Mystère de la nature, deux cocotiers y ont poussé, droits comme s’ils gardaient ce lieu insolite !

Subjugués par la beauté et le calme de la plage, nous nous y attardons jusqu’à la tombée de la nuit. Et là encore, la nature nous réserve des surprises. Des milliers d’étoiles se mirent dans la mer qui semble habillée d’un voile à fils d’argent. Des centaines de lucioles dansent autour de nous, leur abdomens luminescents éclairant la nuit. Dieu que la terre est magnifique ! A ce moment précis, croyant ou non, on ne peut que remercier le Ciel d’une si belle harmonie !

20 décembre 2006 : Nous sommes réveillés par une pluie battante. Son intensité est surprenante tout autant que la vitesse à laquelle le soleil assèche le sol mouillé. Tout autour de notre bungalow, d’énormes escargots à la forme allongée, d’une douzaine de centimètres, apparaissent et glissent dans le sable très aisément. Les escargots de Bourgogne n’ont qu’à bien se tenir !

Au petit-déjeuner, notre hôtesse – sino-malgache – nous sert du vary amin’anana (riz gluant avec breds), des kitoza (viande séchée) et des fruits frais gorgés de sucre. A Vatomandry, la communauté chinoise est très présente et témoigne de la prospérité passée des comptoirs coloniaux et du dynamisme actuel du port de transit de marchandises.
Nous déambulons dans la rue principale de la ville, très animée. Les étals sont achalandés de produits locaux de toute sorte :
- fruits,
- légumes,
- vannerie et, tout comme à Tana,
- de friperies !
Le sourire est sur tous les visages ; il fait bon vivre ici à Vatomandry…

21 au 23 décembre 2006 : Nous profitons au maximum de ce lieu magnifique et des environs. Seule ombre au tableau : la rencontre sur la plage avec une maman et son bébé famélique. A Vatomandry, nous avons pourtant pensé avoir échappé à la mendicité. Cette femme, à l’âge indéfinissable tant son visage était sans expression, nous suivait depuis un moment sur la plage. Sur son dos, elle portait un enfant. Elle n’avait pas osé nous aborder mais intriguée par son manège nous l’avions interpelée. Elle nous expliqua qu’elle était veuve depuis quatre mois et qu’elle n’arrivait plus à nourrir ses quatre enfants dont le dernier était avec elle. Ce bébé avait presque dix-huit mois mais en paraissait six ! Il tétait vainement le sein flasque et vide de sa mère pour se nourrir mais elle n’avait plus une goutte de lait parce qu’elle n’avait rien mangé depuis plusieurs jours.

Comment rester insensible à cela ? Nous lui avons expliqué que nous avons pour principe de ne pas donner de l’argent mais étions tout à fait prêts à acheter le lait pour son bébé et de la nourriture pour elle-même. Quelle que soit la forme de notre aide, elle l’acceptait. C’est ainsi que nous lui avons offert un nombre conséquent de lait concentré en boîte, de l’eau en bouteille et des paquets de biscuits. Nous n’oublierons jamais le sourire et le regard plein de reconnaissance de cette femme.
Nous entamons notre retour vers Tana en nous promettant de revenir dès que possible à Vatomandry.

24 décembre 2006 : Très tôt, les enfants nous ont réveillés. Ils sont fébriles en attendant le passage du Père Noël ! Les uns décorent les menus à disposer sur la table, les autres gonflent des ballons. Les adultes s’affairent à dresser la table et préparer le repas du réveillon. Jean-Pierre – fin cuisinier – est chargé d’orchestrer le tout ! Au menu : filet de bœuf (de zébu plutôt !) en brioche avec sa sauce au poivre vert de Madagascar (s’il vous plaît), gratin de fruits de mer et riz blanc de Madagascar (s’il vous plaît), glace au rhum et vanille de … ???, et des letchis de … ? Bref, un repas franco-malgache !

Mais avant le repas, nous devons aller au culte au temple d’Ambatovinaky. L’office doit commencer à 18 h 00 mais dès 16 h 00 nous sommes sur le départ. Nous avons, en effet, mis près de deux heures pour atteindre ce lieu. Malgré une pluie battante, le temple est noir de monde. Près de 1 400 personnes sont là présentes pour prier et célébrer la naissance de Jésus. A Madagascar, Noël garde encore sa signification première et il est impensable pour un bon chrétien de ne pas aller au culte ou à la messe en cette période. Dans ce temple, les différences de classe sont effacées : les pauvres des rues tout comme les gens plus aisées y ont chacun leur place. Des chants pleins d’allégresse résonnent. Mais le moment le plus émouvant est celui du tour de sapin ! Un énorme sapin trône près de l’autel. Par tranche d’âge, les paroissiens sont invités à tourner autour de cet arbre symbolique de Noël : les bébés avec leurs mères et les jeunes enfants d’abord, suivis par les adolescentes puis par les jeunes hommes, les femmes de trente à cinquante ans, les hommes de cette même catégorie d’âge, les femmes d’âge mur puis leurs congénères et enfin les « ray aman-dreny », c’est-à-dire les anciens. Le passage de chaque groupe est accompagné de chants. Au son de « Sambasamba Zanahary », chant religieux polyphonique, les jeunes hommes vont jusqu’à faire cinq tours du sapin !

Jean-Pierre que certains ont pris pour un missionnaire norvégien ne déroge pas à la tradition et va aussi faire son tour de piste !
Ce moment de communion provoque en moi une émotion indéfinissable. Des moments forts de mon enfance me reviennent en mémoire. Le dernier Noël passé à Madagascar date de trente six ans en arrière…
Le filet brioché est trop cuit, le gratin de fruits de mer a séché durant nos cinq heures d’absence mais qu’importe, l’essentiel est de se retrouver ce soir en famille, dans la joie et l’attente de minuit.
A minuit, les cloches des six églises qui entourent notre maison jouent leur hymne pendant de longues minutes. Madagascar continuera à nous étonner !

Voici venue l’heure du passage du Père Noël ! Les parents sortent dans la rue avec les enfants à sa recherche. Mais ils n’ont pas croisé le Père Noël qui était passé par un autre chemin et qui a déposé les joujoux au pied du sapin et est vite reparti à cause de la longue liste des enfants à gâter (surtout à Madagascar où ils sont près de trois millions à avoir moins de quinze ans) ! Malgré leur déception de n’avoir pu rencontrer le Père Noël, les enfants sont ravis et émerveillés devant leurs cadeaux.

A suivre…

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